« Les parlementaires ont une idée préconçue et négative du chef d’entreprise »

Le député UMP du Maine-et-Loire, Jean-Charles Taugourdeau, a déposé le 10 juillet dernier une proposition de résolution à l’Assemblée nationale visant à rendre obligatoire un stage en entreprise de deux semaines minimum pour chaque député en début de mandat.

Pourquoi vouloir imposer un stage en entreprise aux députés ?

Depuis que je suis député, je constate leur méconnaissance relative du monde des entreprises. Les députés ont une idée préconçue et très négative du chef d’entreprise. Contrairement à ce qu’ils pensent souvent, une entreprise n’est pas là pour créer de l’emploi mais pour faire du chiffre d’affaires. Ce sont les richesses produites qui créent ensuite de l’emploi. Ce n’est pas parce qu’on est élu qu’on est capable de légiférer sur tous les sujets. Il faut que le législateur ait une formation beaucoup plus solide. Si un député est élu mi-juin, il est susceptible de voter en juillet. Est-ce qu’il mesure alors la portée du texte qu’il adopte ? Ce qu’il vote en trente secondes à l’occasion d’un amendement peut faire disparaître des entreprises.

Où se situe le décalage entre les députés et le monde de l’entreprise ?

J’entends que les stages s’effectuent en priorité auprès d’un artisan qui emploie un ou deux salariés ou d’un entrepreneur qui travaille seul, et non pas dans une entreprise du CAC 40. Ce que je reproche aux textes de loi, c’est d’être pensés pour les grandes entreprises et moins bien adaptés aux petites. A force de faire des règles pour les 2 % d’entreprises les plus grandes, les 98 % d’autres entreprises sont laissées de côté. Je veux que les députés soient en immersion dans une entreprise, au contact des salariés, et non pas qu’ils restent simplement avec le chef d’entreprise.

Envisagez-vous ces stages uniquement dans le secteur privé ?

D’abord, l’ensemble des parlementaires et, donc, aussi les sénateurs, devraient à mon sens être concernés. Et l’idée ne sera pas seulement d’effectuer un stage en entreprise, mais aussi au sein d’administrations. Pour des députés de la commission des Affaires sociales par exemple, je voudrais qu’il soit possible de se rendre dans un hôpital, une école, une antenne de Pôle emploi. Ce sera l’objet d’une deuxième résolution que je vais préparer cet été pour la proposer à la rentrée.

Lu le 4 août 2014 dans les Echos

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