Tribune : Ce que l’Europe doit faire en matière d’immigration

A l’initiative de Rachida Dati, j’ai cosigné une tribune publiée aujourd’hui dans les Echos.

Personne ne peut nier que l’immigration est en train de devenir un problème d’échelle européenne. La votation suisse et ses conséquences ne peuvent pas être ignorées. Elle nous met, Français, face à nos responsabilités : si ce référendum avait lieu chez nous, quel en serait le résultat ?

Serait-il bien différent ? Un sondage IFOP publié samedi dernier a révélé que 59% des Français sont favorables à une limitation du nombre d’immigrés européens. L’échec de la gauche au niveau national et de celui de l’Europe sur l’immigration nourrissent les exaspérations légitimes.

Paradoxalement, si l’on raisonne en termes purement économique, l’immigration est un atout pour la Suisse. Avec un chômage quasi-structurel à 3,5 %, l’économie tourne aussi grâce aux 23% d’étrangers et sans que les Suisses soient inquiétés pour trouver un travail. Dans les négociations à la fois européennes et bilatérales avec la Suisse, le gouvernement français devra donc être ferme pour défendre nos concitoyens qui vivent et/ou qui travaillent en Suisse.

Mais la France n’a pas la même santé économique que la Suisse. L’Europe dans son ensemble, non plus. L’immigration est en train de devenir un problème en France et dans d’autres pays d’Europe, là où dans le passé elle était un atout.

Nous plaidons pour que la question migratoire soit au cœur de la campagne des prochaines européennes.

A l’UMP, nous sommes le parti de l’immigration choisie. Nous l’assumons, sans équivoque. Entre un FN qui promet aux Français l’isolement et un PS qui participe activement à faire de l’Europe une passoire, nous avons une vraie responsabilité vis-à-vis des Français.

L’immigration choisie, nous devons en faire une doctrine au niveau européen en ce qui concerne la gestion des flux migratoires extra-européens. Et il faut en faire une interrogation dans un large débat sur la gestion, pays par pays, de l’immigration intra-européenne.

Schengen a failli. L’Europe a fait ces dernières années une première réforme timide mais nécessaire, notamment face à l’afflux des migrants que le printemps arabe a provoqué. Mais cette réforme est déjà obsolète.
Nous proposons donc trois engagements forts. Le premier est de responsabiliser l’Europe en renforçant plus encore la coordination et les outils de sécurisation de nos frontières maritimes et terrestres. Le deuxième est de responsabiliser, vraiment, les États où se trouvent nos frontières communes : les sanctionner lourdement en cas de défaillance et ne pas hésiter à exclure. Le cas de la Grèce et sa frontière poreuse avec la Turquie doivent, en particulier, être réglés rapidement. Le troisième est de continuer à refuser l’entrée de la Roumanie et de la Bulgarie dans l’espace Schengen, alors que les conditions ne sont pas réunies dans ces pays pour une sécurisation optimale de nos frontières extérieures.
Les Français attendent de nous aussi un débat sur la limitation de l’immigration intra-européenne. Le sondage de samedi dernier le confirme. Comment pouvons-nous regarder les yeux dans les yeux un ouvrier de l’abattoir Gad, dont le travail était occupé par un travailleur détaché venu de l’Est de l’Europe, en lui disant que la libre circulation doit rester un principe intangible ?

Il y a cette proposition de David Cameron d’instaurer des quotas nationaux à l’immigration intra-européenne, et de conditionner la libre circulation pour les pays dont le PIB/habitant est inférieur à la moyenne européenne. Elle ne peut pas être ignorée ou taxée d’eurosceptique. Ce mot "quota" ne doit pas nous faire peur. C’est une réponse - sans doute pas la seule - à cette "autre Europe" que tous à l’UMP nous appelons de nos vœux.
C’est un débat clé que nous devons avoir en France puis en Europe. Il n’est pas question d’affaiblir l’Europe, il est question au contraire de renforcer son utilité au service des Français.
Nous, nous défendrons toujours une Europe qui profite aux Français. Jamais une Europe qui profite des Français.

Le député
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