Glyphosate.gouv, la startup d’État qui fait flop

Par André Heitz.

Le site glyphosate.gouv renaît de ses cendres, une « start-up d’État » est lancée… et c’est un scandale d’État !

Souvenez-vous… ce merveilleux site estampillé « une initiative du président de la République », avec un compteur d’agriculteurs « sortis du glyphosate » ou « engagés à sortir » d’ici 2020… date à laquelle le glyphosate devait être interdit en France… enfin interdit pour la majorité des usages… enfin on ne sait plus très bien… Un compteur désespérément bloqué et une carte de France avec des départements en vert clair ou en vert foncé… dont le décompte ne collait pas à l’indication du compteur…

Le ridicule ne tuant pas, il fallut un temps certain pour le désactiver. Vous essayiez de l’ouvrir ? Pendant un temps, vous voyiez apparaître un message menaçant annonçant une tentative de piratage…

LE SITE RÉACTIVÉ, DES TEXTES RECYCLÉS

Eh bien, l’URL https://www.glyphosate.gouv.fr/ a été réactivé. Il vous envoie illico presto à https://agriculture.gouv.fr/glyphosate-le-plan-de-sortie.

Nous avons depuis peu le choix entre huit onglets.

Allons à « Qu’est-ce que le glyphosate ? » C’est pour commencer une resucée, modifiée, de ce qui figurait dans l’ancien site s’agissant de la description du glyphosate et de ses usages. Nous apprécierons :

« …le glyphosate est utilisé, en agriculture, pour éliminer les végétaux des parcelles avant semis et sans travailler le sol, ou pour détruire la flore difficile : plantes vivaces, invasives, allergènes ou toxiques.

En grandes cultures, le glyphosate est utilisé majoritairement entre la récolte d’une culture et le semis de la culture suivante. »

Nous apprécierons aussi la suppression d’une affirmation audacieuse :

« Peu cher et efficace, le glyphosate a contribué à l’installation de systèmes de culture plus simples, avec moins d’espèces cultivées, des rotations plus courtes. »

ERRARE HUMANUM EST, PERSEVERARE MACRONICUM

Mais c’est après que ça se gâte ! Point suivant : « Les études disponibles sur le glyphosate » :

« Le 10 mars 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), placé auprès de l’Organisation mondiale de la santé, a publié un rapport concluant que le glyphosate devait désormais être classé cancérogène probable pour l’homme (classement 2A du CIRC). L’agence estimait notamment qu’il existe des preuves démontrant une association entre l’exposition au glyphosate et le développement de cancers tels que le lymphome non hodgkinien et le cancer du poumon. »

Le gouvernement maintient donc – contre toute évidence – l’affirmation d’une « association entre l’exposition au glyphosate et le développement de cancers tels que le lymphome non hodgkinien et le cancer du poumon », alors que le CIRC n’avait retenu que des preuves – du reste limitées – pour le lymphome non hodgkinien.

UNE DEMI-VÉRITÉ EST UN VRAI MENSONGE

Mais il y pire :

« La Commission européenne a proposé de renouveler l’autorisation du glyphosate dans l’Union Européenne pour une durée de 5 ans. La France s’est prononcée contre cette proposition, avec d’autres États membres.

L’Anses a été saisie par les ministères en charge de la Consommation, de la Santé, du Travail, de l’Écologie et de l’Agriculture, ainsi que par les associations de consommateurs UFC-Que Choisir et CLCV, afin de proposer au niveau européen des mesures appropriées lors de l’examen du projet de décision de renouvellement de l’approbation.

L’Anses a confié l’instruction de cette saisine à un groupe d’experts spécialisés en toxicologie, cancérogénèse, mutagénèse et épidémiologie, qui indique que :

le niveau de preuve de cancérogénicité chez l’animal et chez l’homme ne permet pas de proposer un classement 1A ou 1B (cancérogène avéré ou présumé pour l’être humain) dans le cadre de l’application des critères du règlement (CE) n°1272/2008 (CLP) ;
la classification en catégorie 2 (substances suspectées d’être cancérogènes pour l’homme, CLP) peut se discuter, sans que l’Agence ne puisse se prononcer en l’absence d’une analyse détaillée de l’ensemble des études.
Compte tenu de ces résultats, l’Agence estime nécessaire que le classement du glyphosate soit rapidement revu par l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA). »

L’histoire s’arrête donc à l’ANSES. Aucune mention des conclusions de l’EFSA, de l’EChA, de l’OMS et de la FAO dans le cadre de leur Réunion Conjointe sur les Résidus de Pesticides, de la bonne dizaine d’agences nationales d’évaluation …

C’est, à notre sens, de la désinformation pure. Un scandale d’État.

C’est d’autant plus intolérable que l’ancien site précisait :

« L’évaluation menée par les agences européennes (Autorité européenne de sécurité des aliments et Agence européenne des produits chimiques) a conclu pour sa part à l’absence de caractère cancérogène ou perturbateur endocrinien du glyphosate. »

L’ENFUMAGE, UN AUTRE SCANDALE D’ÉTAT

Une « information » qui n’en est pas une est aussi, fondamentalement, un scandale d’État.

Ainsi, la page « Sortie du glyphosate : ils témoignent » s’ouvre depuis le 4 avril 2019 sur : « Observer la nature, c’est notre métier ! ». C’est au mieux un joli conte de fées. En résumé :

« Pionnier dans l’âme, Christian Daussy cherche des solutions depuis 13 ans pour préserver ses sols. En passant du sans-labour au sans glyphosate, il observe et écoute ses terres au fil des saisons. Sa dernière découverte, le retour de « la bête du diable ». »

Post hoc, propter hoc… alors que le glyphosate n’est pas connu pour nuire à l’entomofaune ! Et l’essentiel du « témoignage » porte sur les améliorations apportées par le sans-labour depuis 2006. Le passage au « sans glyphosate » date quant à lui de 2014. L’agriculteur pourra-t-il tenir la distance et éviter le salissement des parcelles par des mauvaises herbes résistantes au déchaumage ? Pas sûr… Mais le surcoût économique, de travail et environnemental est, lui, certain :

« À partir du mois février (sic), afin de préparer les champs au semis, Christian Daussy intervient avec un déchaumeur à disque pour enlever les végétaux en trop (re-sic, c’est pour détruire le couvert). Il reconnaît que pour effectuer cette tâche, le glyphosate était intéressant : pour 2-3 passages de déchaumeur nécessaires aujourd’hui, 1 passage suffisait avec le glyphosate. »

Bel aveu, par le ministère, de l’imbécillité d’une décision purement démagogique.

Le maintenant deuxième témoignage « Un lâcher de 50 000 insectes au lycée de Castelnau Le Lez ! » n’a rien à voir avec la sortie du glyphosate.

Le troisième, « Diversifier, c’est bouleverser les schémas de l’agriculture » est un plaidoyer pour le labour comme « alternative ». C’est ahurissant quand on connaît les inconvénient du labour ; cela vient aussi avec quelques sérieux bémols – « La difficulté : les sols en hiver sont fragiles » – et des diversions, comme la réintroduction des haies.

Que retenir de l’ensemble des « témoignages » ? De l’enfumage pour bobos, surtout biobios comme en témoigne le dernier onglet, « Ambition Bio 2022 – Plan d’actions des acteurs de l’agriculture et de l’alimentation en France ». Ça aussi, c’est intolérable.

LA « START-UP D’ÉTAT », HOCHET DU PRÉSIDENT MACRON OU NOUVELLE TENTATIVE DE SE RIDICULISER ?

Le site glyphosate.gouv. ou « Glyphosate : objectif 2020 » devait être la « start-up d’État » promise par le président Emmanuel Macron le 9 octobre 2018 pour aider les agriculteurs à se passer du glyphosate. Un de ses conseillers avait déclaré le 22 novembre 2018 :

« C’est une démarche de start-up d’État car ce site permet de mettre en place dans l’État une équipe en mode projet, temporaire, qui mobilise toutes les compétences pour sortir du glyphosate, jusqu’à ce qu’on ait réussi l’objectif. »

Puis, le fiasco s’éternisant, l’INRA, l’ACTA et les instituts techniques agricoles, et la Chambre d’Agriculture France ) ont été chargés de monter un « centre de ressources », mis en ligne le 1er février 2019, « pour rendre accessible à l’ensemble de la profession agricole les solutions existantes pour sortir du glyphosate ». Le constat était amer, et il le reste : le ministère de l’Agriculture se moque du monde.

Mais la « start-up d’État » n’a pas été oubliée. Ou peut-être a-t-on pris acte de l’indigence du « centre de ressources », une indigence due, non pas à l’incompétence des organismes mis à contribution, mais à l’absence de solutions raisonnables.

Le 28 mars 2019, le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation a donc publié un communiqué, « Plan de sortie du glyphosate : appel à innovateurs » qui fait aussi l’objet d’un onglet de la page « Glyphosate : le plan de sortie ». En voici l’essentiel :

« La start-up aura pour objectif de développer une solution numérique contribuant à impulser une dynamique engageant l’ensemble des acteurs du monde agricole dans la sortie du glyphosate. Il s’agira de proposer un premier niveau d’information aux acteurs du monde agricole et de les mettre en réseau, en valorisant l’engagement des agriculteurs, assurant des partages d’expériences et informant sur les accompagnements possibles. Cette solution pourrait également être l’occasion de faire remonter les difficultés rencontrées localement, et aider à identifier les leviers d’actions pour permettre la sortie du glyphosate.

Le projet devra s’articuler au mieux avec les outils existants (site glyphosate.gouv.fr, centre de ressources, EcophytoPIC, fermes DEPHY…) et bien identifier les différents acteurs impliqués (agriculteurs, instituts techniques, conseillers…). »

On peut faire l’économie d’une analyse critique… Décidément, nos impôts sont judicieusement employés…

Le député
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