Groupements de salariés : un remède contre les contrats courts

Économie>Emploi

Le Parisien - Bérangère Lepetit, notre envoyée spéciale à Beaufort-en-Vallée (Maine-et-Loire)

Dans la région d’Angers, 80 entrepreneurs se sont structurés en groupement pour se « partager » des salariés. Un dispositif méconnu qui existe pourtant en France depuis une loi de 1985.

Des tunnels de serre s’étalent à perte de vue à Beaufort-en-Vallée, dans la banlieue d’Angers (Maine-et-Loire). Courbée sur son travail, la mine concentrée, Sandrine, 45 ans, trie des semis de poivrons. Chez Taugourdeau Plantes et Plants, du nom de cette entreprise de 200 salariés qui vend des graines et des plantes aux magasins de jardinage partout en France, Sandrine a un statut particulier. Ni vraiment en CDI, ni tout à fait en CDD, la femme, qui travaille ici depuis 19 ans, est une salariée « Forval », dit-on dans le jargon du coin, du nom du groupement d’employeurs crée en 1998 dans cette petite ville de 7000 habitants.

Un étonnant dispositif mis en lumière actuellement par les organisations patronales dans le cadre de la négociation sur la réforme de l’assurance chômage et le débat autour du bonus-malus qui reprend ce jeudi. En clair, Sandrine partage son temps de travail entre deux entreprises.

De janvier à mai, elle se rend tous les jours ici, chez Taugourdeau. Le reste de l’année, c’est chez son autre employeur, un pépiniériste, situé à une quinzaine de kilomètres de là qu’elle officie. Un va-et-vient atypique qui lui convient. « Auparavant, j’ai enchaîné des années de travail saisonnier dans le saumon, les parasols, les pépinières. Je trouvais où je pouvais. Aujourd’hui, j’ai des congés payés, une mutuelle, une stabilité », égrène Sandrine.

Un groupement qui existe depuis vingt ans

Ainsi va la vie à Beaufort-en-Vallée, région de pépiniéristes, où les entrepreneurs ont décidé un beau jour, en 1998, de s’organiser pour se « partager » leurs salariés en fonction de leurs besoins. L’idée a émergé dans la tête d’un entrepreneur local, ancien maire de Beaufort devenu en 2002 député (LR), Jean-Charles Taugourdeau.

« Dans mon entreprise, le pic d’activité se concentrait sur quelques semaines dans l’année, j’avais besoin de saisonniers toujours au même moment et je voulais les retrouver d’année en année, explique-t-il. Au final, Forval sert à donner des CDI à des dizaines de personnes dans la région tout en rendant service aux entreprises qui bénéficient ainsi de gens formés ! »

Certains cadres, comme Florian, ingénieur QSE (pour « qualité sécurité environnement ») partage même leur temps entre cinq ou six entreprises à raison de 2 à 4 jours de travail sur chacun des sites par mois. « On fabrique du CDI sur mesure, à temps partiel ou complet, souligne Anne-Lise Robin, la directrice de Forval. L’an dernier, on a signé quatre CDI chez Forval. À chaque fois, les salariés m’ont dit qu’ils allaient enfin pouvoir signer des prêts pour acheter un appartement ! »

50 000 salariés concernés en France

En France, 50 000 salariés vivent grâce aux groupements, les trois quarts existent dans le milieu agricole et soixante se créent encore chaque année, d’après une étude du centre de ressource pour les groupements d’employeurs (CRGE). C’est une loi de 1985 qui est venue institutionnaliser ce dispositif qui a émergé en France au cours du XXe siècle dans le milieu agricole. Pourtant, les groupements, qui viennent compléter l’intérim ou le système de portage salarial, peinent à se populariser.

« Sans branche, sans convention collective, ils sont éparpillés sur le territoire et manquent de visibilité, les entreprises ont parfois peur de s’y engager », déplore Étienne Lechat, juriste au CRGE. Dans la région de Beaufort-en-Vallée, en attendant, que ce soit dans l’industrie, l’agroalimentaire ou l’agriculture, le groupement « Forval » fait vivre une soixantaine de salariés dans 80 entreprises locales.

Le député
Derniers tweets