" Ni Marx ni Jésus, Greta ! "

CHRONIQUE - Le communisme et le christianisme étant dépassés, l’écologisme est devenu la religion du XXIe siècle.

Par Luc Ferry

Malgré son échec au Nobel, le jury ayant craint de se ridiculiser plus encore qu’en consacrant Bob Dylan Prix Nobel de littérature, Greta Thunberg restera sans nul doute le phénomène de l’année 2019, le symbole planétaire d’une nouvelle religion. De fait, la déchristianisation, chez nous, est en marche, au moins d’un point de vue quantitatif (il y a beaucoup moins de prêtres et de fidèles que dans les années 1950), sinon qualitatif (ceux qui restent dans l’Église le font davantage par choix que par habitus).

Quant au communisme, il est clair qu’il est vraiment mort, non seulement parce que son idéologie, contrairementà la planète, s’est bel et bien effondrée, mais parce qu’une partie de la jeunesse a enfin trouvé l’ersatz qu’elle cherchait depuis la chute du Mur, un moyen de redonner du sens, de sortir des politiques de gestionnaires aux petits pieds.

L’écologisme a pris la suite, il permet de retrouver ce que Nietzsche appelait une « perspective », un horizon assez profond pour donner à l’existence humaine un vernis d’idéal. Et de fait, la nouvelle religion repose sur cinq piliers assez solides pour fournir une telle perspective : la peur d’abord, au nom de laquelle les collapsologues tentent d’hystériser les foules ; la quête du bonheur ensuite, mais par des voies autres que celles de la consommation ; la haine de ce libéralisme qu’on va pouvoir enfin combattre au nom d’une image bienveillante, celle de la nature ; le sentiment cosmique, qui renoue avec les sagesses antiques, et pour couronner le tout, la réouverture de l’avenir, le souci des générations futures - un souci que désignait à l’origine le principe de précaution en invitant les adultes à laisser à leurs enfants un monde habitable. C’est en quoi l’écologisme peut prétendre remplacer les deux foyers de sens, la nation et la Révolution, qui dominaient encore les années 1960-1970.

Le problème, c’est que ce n’est pas ce cocktail, pour systémique qu’il soit, qui sauvera la planète. D’abord parce que nos jeunes militants sont déchirés entre leurs aspirations écologiques et leurs pratiques consuméristes : on pleurniche sur le climat, mais on le fait sur les réseaux, avec son smartphone et son ordi, des objets techniques issus de l’hyper-capitalisme américain qui consomment des terres rares si polluantes qu’elles ne sont plus guère produites que par la Chine dans ce que l’excellent livre de Guillaume Pitron (La Guerre des métaux rares, LLL) appelle les « villages du cancer ».
On s’habille tendance, on consomme de l’alcool, on fume cigarettes ou vapoteuses à tout va, on mange des burgers chez McDo, on voyage en avion, on regarde des écrans quatre heures par jour et au moindre pépin de santé, on est bien heureux d’aller se faire soigner dans des hôpitaux ultra-modernes dont les techniques sont directement issues des secteurs les plus compétitifs et les plus innovants du monde industriel, de prendre des médicaments fabriqués par des laboratoires aussi abominablement riches que privés.

Bref, on vit d’un côté dans le consumérisme, le confort et la liberté d’opinion illimitée qu’offrent les sociétés d’hyper-capitalisme, de l’autre on se donne bonne conscience en jouant sur des idéologies qui se veulent radicales, ce qui permet sans doute de jouer sur tous les tableaux, mais pas de résoudre les problèmes qu’on prétend poser.

Alors que faire ? Quoi qu’on en pense, la nouvelle religion offre trop d’avantages en termes de médiatisation comme de « grand dessein » pour ne pas durer. Comme le communisme en son temps, l’effondrisme des prophètes Philippulus accompagnera sans nul doute la vie politique de nos sociétés pendant les décennies qui viennent. En revanche, si l’on veut sérieusement s’occuper des problèmes d’environnement, et ils sont, hélas, bien réels, il va falloir les intégrer dans l’économie capitaliste, les placer au premier plan dans sa logique fondamentale, celle de l’innovation.

Aussi atroce que cela soit à entendre pour les prêtres de la nouvelle religion verte, c’est le capitalisme qui sauvera la planète, pas l’écologie politique. Quand Philips commercialise les ampoules électroluminescentes (LED) qui remplacent celles à filament, quand les constructeurs inventent la voiture électrique et travaillent à régler le problème des terres rares, ils font plus pour la planète que les gamins qui se la jouent révolutionnaire en occupant un centre commercial. Certes, c’est en partie grâce aux écolos que le marché de la croissance verte existe, mais il est temps de comprendre que la balle est désormais dans le camp des entreprises et de l’innovation.

Le député
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